Communiqué AADM: Sénateur Boisvenu

L’AADM dénonce les propos méprisants et mal avisés tenus par le sénateur Boisvenu à la radio jeudi dernier. Laisser entendre que les avocats criminalistes veulent élargir les criminels afin qu’ils récidivent pour augmenter leurs revenus est tout simplement scandaleux. Ce genre de propos ne peut qu’alimenter la méfiance du public envers la justice et nuire à la démocratie.

L’AADM rappelle que les avocats criminalistes sont, comme tous les membres du Barreau, régis par le Code de déontologie des avocats. Les avocats criminalistes sont, comme tous les autres membres du Barreau, des officiers de la justice. À ce titre, les avocats criminalistes doivent notamment soutenir l’autorité des tribunaux, assurer la saine administration de la justice, et assurer la défense de leurs clients, peu importe leur opinion personnelle.

Le rôle de l’avocat criminaliste est de défendre la présomption d’innocence tout en s’assurant que les droits des accusés et des victimes soient respectés. Son travail est essentiel à l’état de droit et à la démocratie. Il ne peut y avoir de démocratie si l’État et la police ne sont pas tenus à de hauts critères. Le travail des avocats criminalistes est de le leur rappeler.

Le projet de loi C-10 qui vise notamment à hausser les peines et imposer des peines minimales d’emprisonnement porte à critique. Ce projet de loi est dénoncé non seulement par l’ensemble de la communauté juridique mais aussi par divers groupes intéressés au sort des victimes et aux questions de sécurité publique ainsi que par le Minisytre de la justice.Dans un mémoire rendu public récemment le Barreau du Québec craint que le projet de loi C-10 n’atteigne pas les objectifs escomptés mais qu’il contribue à une augmentation de la criminalité.

Le Barreau demande un débat public et que tous ceux qui sont impliqués dans le processus judiciaire et sur le plan social, à quelque niveau que ce soit, soient consultés. Une telle consultation permettrait de dégager un large consensus qui porterait sur les meilleurs moyens connus pour : (1) diminuer l’incidence de la criminalité (2) réagir adéquatement à l’endroit de ceux qui ont commis des délits criminels – tout en ciblant les moyens les plus efficaces pour favoriser la dénonciation, la dissuasion et la réhabilitation des délinquants, et (3) identifier les faiblesses en matière de réinsertion sociale et les corriger.

Plaidoyer Victime fait état des réformes et des politiques pénales mises de l’avant, à ce jour, en faveur des victimes. Plaidoyer Victime souligne que le Canada a toujours travaillé dans le respect des droits fondamentaux des victimes et des délinquants, dans le souci de maintenir un équilibre entre la protection de la société et la réhabilitation des agresseurs. Malheureusement, toujours selon Plaidoyer Victime, le projet de loi C-10 rompt avec la philosophie et les valeurs qui ont guidé nos actions au cours des dernières décennies.

Le débat est nécessaire. Il s’agit d’un exercice démocratique. Pourquoi s’y opposer si farouchement, M. Boisvenu ?

Me Richard Prihoda, avocat
Président de l’AADM